Luc Battieuw

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas encore Luc, c'est sans aucun doute grâce à lui que l'IBBY existe en Belgique. Ce passionné et grand défenseur de la littérature de jeunesse est, en effet, à l'initiative, avec d'autres, de la création de notre section belge francophone en 1992. Bibliothécaire de formation, Luc est aujourd'hui bibliothécaire-dirigeant à la bibliothèque de Laeken. Animateur pour les enfants, organisateur de colloques, de conférences, de rencontres, d'expositions, de formations, de voyages d'étude, de salons, Luc est insatiable quand il s'agit de littérature de jeunesse, et s'il est bien une personne reconnue dans ce domaine partout, tant en Belgique et à l'étranger... c'est bien Luc! Également fondateur et directeur du Centre de littérature de jeunesse de Bruxelles, Luc reste un partenaire de toujours dans nos activités à l'IBBY! Bien qu'il nous ait annoncé son départ du conseil d'administration d'IBBY il y a un an déjà, Luc n'en demeure pas moins un collaborateur précieux de notre section et il reste à jamais un modèle pour ses successeurs! Rencontre avec un incontournable!

IBBY : Luc Battieuw, vous êtes à l’origine de la création de la section belge francophone d’IBBY en 1992. Pouvez-vous nous en dire plus sur la naissance d’IBBY en Belgique, et en particulier sur la section francophone ?

L.B. : Il faut d'abord « rendre à César ce qui lui appartient », dicton que j'utilise assez souvent, car c'est Marie Wabbes qui est à l'origine de la création d'Ibby-Belgique. Que tout cela est né d'une rencontre, à Anvers, entre Marie Wabbes et nos collègues flamands. Qu'ensuite Marie Wabbes avec l'association des Editeurs Jeunesse, a proposée de réunir toutes les personnes qui gravitaient autour du livre de jeunesse. Et c'est là que je suis rentré en tant que bibliothécaire avec mon collègue de Nivelles, Jean-Luc Capelle. Ensuite l'histoire s'est construite jusqu'à aujourd'hui. J'ai apporté ma passion et j'ai toujours travaillé avec tout le monde. A l'époque, il y avait déjà la Ligue des Familles avec le Prix Bernard Versele, l'APBD-section jeunesse avec son dépliant « Un cadeau, un livre » mais il n'existait pas de Centre de littérature de jeunesse et pas d'organisme qui pouvait nous représenter sur le plan international. C'est dans ce cadre que la section francophone a vu le jour. Très vite, nous avons créé une lettre d'info, des conférences et la gestion d'un espace « Jeunesse » à la Foire du livre de Bruxelles. Petit à petit, la littérature de jeunesse rassemblait les gens autour de projets d'IBBY.

IBBY : Selon vous, qu’apporte la section belge francophone d’IBBY au milieu de la littérature de jeunesse aujourd’hui?

L.B. : Je pense d'abord que la construction c'est faite en 20 ans et que tous ensemble nous avons contribué à l'essor de la littérature de jeunesse en Belgique. Si aujourd'hui, il y a une reconnaissance de la part de la Communauté française, de la COCOF, des provinces et des villes, rien n'est gagné, il suffit de peu de chose, le Prix Bernard Versele en est un bel exemple. Le rôle d'IBBY est de continuer, avec tous, à promouvoir la lecture et le livre en Belgique et à l'étranger. Il est primordial que notre pays continue à s'inscrire sur le plan international. Le Prix Astrid Lindgren remis à Kitty Crowther n'est-il pas le plus bel exemple? Notre pays regorge de talents et nous devons les soutenir! Enfin, par le biais de sa revue LIBBYlit, elle est le maillon entre les professionnels et leur donne un formidable outil de travail.

IBBY : Vous avez longtemps présidé la section belge francophone, et vous avez toujours soutenu nos activités. Encore aujourd'hui d'ailleurs, le CLJBxl reste un partenaire très précieux dans la réalisation de notre travail. Quelles évolutions avez-vous constatées durant toutes ces années au sein de notre association ? L.B. : On venait de nulle part et tout s'est construit sur 20 ans. L'évolution réside dans le fait qu'IBBY a dû d'abord oeuvrer sur la reconnaissance de la littérature de jeunesse en Belgique avant de s'engager sur le plan international. L'organisation de colloques, rencontres, salon de Namur, Foire de Bruxelles, expositions, l'opération Lire dans les parcs (...) est le travail mené par IBBY en Belgique, faut-il le rappeler par des bénévoles. Mais cela restait fragile car l'association n'avait pas de lieu, de personnel... D'où l'idée de créer une institution comme le CLJBxl qui pouvait continuer ce travail dans la durée, car soutenu financièrement par un pouvoir local, en occurrence, ici, la Ville de Bruxelles. C'est aujourd'hui chose faite et je suis rassuré sur cette pérennisation. IBBY étant hébergé dans cette institution, elle pourra oeuvrer sur ses missions premières de promotion de nos lettres belges à l'étranger.

IBBY : Pour clore cet entretien, quel souvenir ou quelle anecdote liés à la section belge francophone d’IBBY souhaiteriez-vous partager avec nos lecteurs ?

L.B. : Vous pensez bien qu'en 20 ans, il y a eu énormément de temps forts. Plaisir d'avoir fait venir de nombreux auteurs, illustrateurs et éditeurs avec lequel des amitiés se sont établies. Plaisir partagé avec des bibliothécaires, des libraires, des journalistes, des animateurs, des conteurs, des associations, des écoles de formation, des enseignants...la liste est tellement longue! Plaisir d'avoir pu gérer le Salon du livre de jeunesse de Namur, grâce à un formidable directeur, Frank Léglise, qui est aujourd'hui aussi un ami, et que j'ai dû abandonner car après plus de 10 ans de gestion c'est devenu une "institution" très lourde à gérer. Je remercie Régine Barat de Contalyre d'avoir pris la relève et de lancer pour le Salon un nouveau défi. Il est important de parfois tourner la page et de laisser la place à d'autres pour qu'ils prennent un nouvel envol. Une décision qui a été difficile à prendre, mais je garde néanmoins de très beaux souvenirs de rencontres. Grâce à ce salon nous avons invité plus de 300 créateurs. Des moments inoubliables, comme celle de la venue de Claude Ponti. Pour la première fois en Belgique, il a fallu donner des tickets pour la séance des dédicaces, pratique peu courante chez nous. La liste est longue mais pour ne citer que quelques noms : Suzie Morgenstern qui respire la joie de vivre; Yvan Pommeau, François Place, Hubert Ben Kemoun, Insa Sané, Bernard Friot, Mikael Ollivier, Michael Morpurgo, Fred Bernard et Roca, Moka, Marie-Aude Murail, Erik L'Homme, Jean Molla, Jean-Claude Mourlevat, Benjamin Lacombe, Bruno Heitz, Timothée de Fombelle, Hélène Montardre, Sylvaine Jaoui, Nathalie Novi, Elisabeth Brami, Chen Jiang Hong, Thierry Lenain, Régis Lejonc, Olivier Tallec... Quel bonheur de les avoir reçus! Il y a aussi des moments tristes, comme la disparition de Pierre Bottero et maintenant de notre ami Mario Ramos. Dans cette liste, je ne fais pas la part belle aux belges, mais je puis vous assurer que cela été aussi riche et passionnant avec eux. Je ne dois pas les citer, car là ils sont tous passés par le salon ainsi que nos amis flamands. Je terminerai par la Semaine du livre de jeunesse dont, à l'époque, la journée d'étude était organisée par IBBY et la mémorable année 2000 où j'ai pu réaliser un rêve pour bien des professionnels, la venue de Tomi Ungerer. Tout le monde s'en souvient ! En tant qu'organisateur, derrière le plaisir de le recevoir, il y a eu la difficulté de le gérer. Tout le monde se souvient que sur scène, il était à côté de moi et je devais "l'allaiter" avec un liquide qui ressemblait à du jus de pomme. Il n'en était rien, c'était du whisky et en plus, il était difficile, car il lui fallait de l'irlandais. Heureusement j'en avais à la maison car c'était sa seule condition pour venir nous parler de "traumatiser les enfants". Au repas de midi, ce n'était pas triste non plus, car il prenait mon échevine pour la serveuse... Aujourd'hui, nous en rigolons et je suis très heureux de l'avoir fait venir en Belgique, la seule fois dans sa longue carrière! Tout cela, faut-il le rappeler, grâce au sponsoring de Coca Cola. Je sais que beaucoup de personnes m'ont critiqué à ce sujet mais l'opportunité était trop forte et les conditions étaient des plus discrètes. Ah oui, il y a une dernière chose dont je suis assez fier, c'est l'opération « Lire dans les parcs » qui connait maintenant un réel essor en Belgique. Et je puis vous dire qu'il y a des jaloux à l'étranger car nous prouvons, une fois de plus, qu'ensemble il est possible d'être une force. C'est aussi le rôle d'IBBY.

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